Type de texte

Le blog
Un blog est un site web qui se présente sous une forme un peu particulière, celle d'un journal. Vous remarquerez sur la plupart des blogs un calendrier. Chaque jour les  blogueurs (les auteurs des blogs) peuvent poster un ou plusieurs messages. Le calendrier du mois courant vous permet d'accèder aux messages par journée.
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L'une des caractéristiques du blog est que les messages apparaissent (généralement) du plus récent au plus ancien. On appelle cela l'ordre anté-chronodaté. Vous trouverez donc en haut de la page, le dernier message posté.
Il existe des blogs de toutes natures et sur tous sujets. Autrement dit, on trouve le photo-blog (blog diffusant des photographies), le vidéo-blog (blog diffusant des vidéos), le blog de l'homme politique ou le blog du journaliste, le blog "journal intime", le blog "cv", le blog "passion", le blog "carnet de voyage"...
En effet, le blog est le partage d'idées entre internautes.  Ainsi, le blog se distingue des sites web par son interactivité, n'importe quel internaute, en visite sur un blog, peut réagir à l'un des messages en postant un commentaire.
La présentation du blog
Il y a ensuite plusieurs colonnes, le plus souvent 2 ou 3. Dans la colonne du centre on trouve en général les articles ou billets les plus récents, on peut également opter pour une page fixe comme c'est le cas pour ce blog. En bas ce chacun de ces billets on retrouve la date de publication ainsi que l'auteur du billet Un lien pour poster un commentaire est aussi présent.
Sur la colonne latérale on trouve différents éléments : un calendrier, les différentes catégories, les articles les plus récents, un module de recherche, les liens, les tags, la présentation de l'auteur...On peut configurer l'ordre et l'affichage de ces différents éléments.
Vous pouvez toujours consulter ces blogues :

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Les préfaces
I - Définition
On nomme préface tout texte liminaire (aux frontières du texte), qu'il prenne l'allure d'une préface, placée avant le texte, ou d'une postface, placée après. La préface consiste en un discours produit à propos du texte. Avant le XVI°, la préface existe, mais elle se trouve souvent intégrée au corps du texte.
II - Les destinateurs (énonciateurs)
3 types de destinateurs (personne à qui est confiée la mission de prendre en charge la préface)
-       l'auteur du livre lui-même : dans ce cas on parle de préface auctoriale ou autographe
-       préface prise en charge par l'un des personnages : on parle alors de préface actoriale
-       préface énoncée par une tierce personne : il s'agit alors d'une préface allographe
La préface peut être authentique (attribuée réellement à une personne), mais elle peut être également apocryphe (authenticité incertaine) ou purement fictive.

On distingue également la préface assomptive de la préface dénégative. Dans la 1ère, l'auteur de la préface assume pleinement d'être l'auteur du texte qui suit. Dans la seconde, l'auteur de la préface nie être l'auteur du texte alors qu'il l'est. Ce dernier procédé est courant au XVIII° (cf. Préface du Dictionnaire philosophique de Voltaire ou La vie de Marianne de Marivaux). Il s'agit pour ces auteurs de déjouer la censure mais aussi de jouer avec le lecteur.
III - Le destinataire :
Le destinataire est le lecteur qui va lire le livre, mais au-delà il s'agit souvent des critiques.

IV - Les fonctions des préfaces :
Pour les préfaces auctoriales
La 1ère fonction d'une préface auctoriale assomptive authentique consiste à assurer une bonne lecture du texte.
-       on cherche à séduire, à attirer le lecteur en vantant les thèmes et les idées véhiculées, l'intrigue
-       on peut insister sur l'importance du sujet : mettre en valeur sa portée morale, sociale ou philosophique, son utilité documentaire
-       on peut démontrer que le livre s'inscrit dans une tradition, un courant ou un mouvement littéraire ou au contraire s'en démarque. Les préfaces jouent donc un rôle important dans le passage d'un mouvement à autre (cf. préfaces de Hugo dans ses pièces de théâtre, dans lesquelles il rejette le théâtre classique, expose sa conception du drame romantique et souligne en quoi il se démarque de ses prédécesseurs).
-       Depuis le XIX°, les préfaces visent essentiellement à guider la lecture. Elles lui offrent un certain d'informations nécessaires à une lecture pleine et efficace. L'auteur peut expliquer l'origine de l'œuvre par exemple (cf. Zola et Balzac). D'une certaine façon, ce type de préface détermine, définit une sorte de lecteur idéal.
-       Elle peut permettre  de donner une définition générique à l'œuvre ou proposer une nouvelle forme générique (c'est le cas de Hugo lorsqu'il définit le drame romantique, notamment dans La préface de Cromwell en 1827).
-       Elle peut aussi proposer une interprétation du texte, rappeler dans quelles intentions l'auteur a écrit ce texte (cf. Préface des Rougon-Macquart de Zola)
-       Elle peut intégrer l'ouvrage dans le contexte de l'œuvre de l'auteur, mais aussi dans le contexte sociopolitique et historique
-       Elle peut présenter l'ordre du texte
-       Il s'agit aussi, dans certains cas, d'établir un contrat de fiction avec le lecteur (ex : insister sur le fait qu'il s'agit d'une fiction et non d'un roman à clés dont il faudrait chercher les significations dans la réalité). Dans le cas de l'autobiographie, elle peut également proposer un pacte de vérité (appelé pacte autobiographique).
-       Elle peut commenter le titre pour se défendre de critiques à venir
Il est assez rare que l'auteur mette en avant son génie, valorise son traitement du sujet ou son style. Pour ce faire, il fera plus facilement appel à un préfacier allographe.
Lorsque vous étudiez une préface il faut tenir compte de sa date de publication et la confronter à celle de 1ère publication de l'ouvrage. Il convient, en effet de distinguer les préfaces accompagnant le texte dès l'origine des préfaces tardives.
Lorsqu'une préface accompagne une seconde édition, ou une édition plus tardive, il s'agit souvent pour l'auteur de répondre à des critiques, de se justifier auprès de ses détracteurs (cf. Préface de Thérèse Raquin de Zola).
Certaines préfaces, rédigées en fin de parcours d'un auteur, peuvent avoir une fonction autobiographique. Dans ce type de préfaces testimoniales (sorte de testament littéraire), l'auteur fait souvent le point sur l'ensemble de son œuvre et de son itinéraire littéraire.
Pour les préfaces allographes :
-       il s'agit de présenter un texte et d'apporter certaines recommandations. On peut parler de fonction informative (genèse de l'œuvre, biographie de l'auteur, situation du texte dans l'œuvre complète de l'auteur).  Elle comporte aussi une dimension incitative (il s'agit de pousser le lecteur à lire et à retirer de sa lecture des satisfactions).
-       Elle peut également comporter un éclairage critique et théorique.

Pour les préfaces actoriales :
Ces dernières peuvent être authentiques ou fictionnelles. Les premières consistent en une sorte de commentaire. Les secondes ont souvent une dimension plus ludique. Elles simulent le plus souvent une préface sérieuse.
V - Quelques cas particuliers :
-       les préfaces auctoriales dénégatives : elles présentent le texte comme un document attribué à un personnage et elle raconte comment l'auteur est entré en possession de ce texte (ex : manuscrit trouvé dans un grenier, ou envoyé par un individu anonyme). Elles peuvent contenir un commentaire valorisant ou non de l'œuvre. Dans d'autres cas, il s'agit aussi pour les auteurs de se protéger de la censure et des ennuis que les audaces de leur texte pourraient leur  procurer.
-       Les préfaces auctoriales fictives : un soi-disant auteur écrit la préface (désir d'incognito).
-       Les préfaces allographes fictives : pour La nouvelle Héloïse, par exemple, Rousseau rédige une préface qu'il présente comme écrite par un autre que lui, assurant que ce dernier ne veut pas révéler son  nom. Elles apportent également des précisions sur le texte.
VI – quelques exemples de préface:
VICTOR HUGO (1802-1885)
Les Contemplations, 1856. (préface allographe)
Si un auteur pouvait avoir quelque droit d'influer sur la disposition d'esprit des lecteurs qui ouvrent son livre, l'auteur des Contemplations se bornerait à dire ceci : Ce livre doit être lu comme on lirait le livre d'un mort.
Vingt-cinq années sont dans ces deux volumes. Grande mortalis aevi spatium. L'auteur a laissé, pour ainsi dire, ce livre se faire en lui. La vie, en filtrant goutte à goutte à travers les événements et les souffrances, l'a déposé dans son cœur. Ceux qui s'y pencheront retrouveront leur propre image dans cette eau profonde et triste, qui s'est lentement amassée là, au fond d'une âme.
Qu'est-ce que les Contemplations? C'est ce qu'on pourrait appeler, si le mot n'avait quelque prétention, les Mémoires d'une âme.
Ce sont, en effet, toutes les impressions, tous les souvenirs, toutes les réalités, tous les fantômes vagues, riants ou funèbres, que peut contenir une conscience, revenus et rappelés, rayon à rayon, soupir à soupir, et mêlés dans la même nuée sombre. C'est l'existence humaine sortant de l'énigme du berceau et aboutissant à l'énigme du cercueil; c'est un esprit qui marche de lueur en lueur en laissant derrière lui la jeunesse, l'amour, l'illusion, le combat, le désespoir, et qui s'arrête éperdu "au bord de l'infini". Cela commence par un sourire, continue par un sanglot, et finit par un bruit du clairon de l'abîme.
Une destinée est écrite là jour à jour.
Est-ce donc la vie d'un homme? Oui, et la vie des autres hommes aussi. Nul de nous n'a l'honneur d'avoir une vie qui soit à lui. Ma vie est la vôtre, votre vie est la mienne, vous vivez ce que je vis; la destinée est une. Prenez donc ce miroir, et regardez-vous-y. On se plaint quelquefois des écrivains qui disent moi. Parlez-nous de nous, leur crie-t-on. Hélas! quand je vous parle de moi, je vous parle de vous. Comment ne le sentez-vous pas? Ah! insensé, qui crois que je ne suis pas toi!
Ce livre contient, nous le répétons, autant l'individualité du lecteur que celle de l'auteur. Homo sum. Traverser le tumulte, la rumeur, le rêve, la lutte, le plaisir, le travail, la douleur, le silence; se reposer dans le sacrifice, et, là, contempler Dieu; commencer à Foule et finir à Solitude, n'est-ce pas, les proportions individuelles réservées, l'histoire de tous?
On ne s'étonnera donc pas de voir, nuance à nuance, ces deux volumes s'assombrir pour arriver, cependant, à l'azur d'une vie meilleure. La joie, cette fleur rapide de la jeunesse, s'effeuille page à page dans le tome premier, qui est l'espérance, et disparaît dans le tome second, qui est le deuil. Quel deuil? Le vrai, l'unique: la mort; la perte des être chers.
Nous venons de le dire, c'est une âme qui se raconte dans ces deux volumes. Autrefois, Aujourd'hui. Un abîme les sépare, le tombeau.
V. H. Guernesey, mars 1856.




Jean de La Fontaine (1621-1695)
Les fables, 1668-1694 (préface auctoriale ou autographe)
L'indulgence que l'on a eue pour quelques-unes de mes fables, me donne lieu d'espérer la même grâce pour ce recueil. Ce n'est pas qu'un des maîtres de notre éloquence n'ait désapprouvé le dessein de les mettre en vers : il a cru que leur principal ornement est de n'en avoir aucun ; que d'ailleurs la contrainte de la poésie, jointe à la sévérité de notre langue, m'embarrasseraient en beaucoup d'endroits et banniraient de la plupart de ces récits la brèveté, qu'on peut fort bien appeler l'âme du conte, puisque sans elle il faut nécessairement qu'il languisse. Cette opinion ne saurait partir que d'un homme d'excellent goût ; je demanderais seulement qu'il en relâchât quelque peu, et qu'il crût que les grâces lacédémoniennes ne sont pas tellement ennemies des muses françaises que l'on ne puisse souvent les faire marcher de compagnie.
Après tout, je n'ai entrepris la chose que sur l'exemple, je ne veux pas dire des Anciens, qui ne tire point à conséquence pour moi, mais sur celui des Modernes. C'est de tout temps, et chez tous les peuples qui font profession de poésie, que le Parnasse a jugé ceci de son apanage. A peine les fables qu'on attribue à Ésope virent le jour, que Socrate trouva à propos de les habiller des livrées des Muses. Ce que Platon en rapporte est si agréable, que je ne puis m'empêcher d'en faire un des ornements de cette préface. Il dit que, Socrate étant condamné au dernier supplice, l'on remit l'exécution de l'arrêt à cause de certaines fêtes. Cébès l'alla voir le jour de sa mort. Socrate lui dit que les dieux l'avaient averti plusieurs fois, pendant son sommeil, qu'il devait s'appliquer à la musique avant qu'il mourût. Il n'avait pas entendu d'abord ce que ce songe signifiait ; car, comme la musique ne rend pas l'homme meilleur, à quoi bon s'y attacher ? Il fallait qu'il y eût du mystère là-dessous : d'autant plus que les dieux ne se lassaient point le lui envoyer la même inspiration. Elle lui était encore venue une de ces fêtes. Si bien qu'en songeant aux choses que le Ciel pouvait exiger de lui, il s'était avisé que la musique et la poésie ont tant de rapport, que possible était-ce de la dernière qu'il s'agissait. Il n'y a point de bonne poésie sans harmonie : mais il n'y en a point non plus sans fiction ; et Socrate ne savait que dire la vérité. Enfin il avait trouvé un tempérament : c'était de choisir des fables qui continssent quelque chose de véritable, telles que sont celles d'Ésope. Il employa donc à les mettre en vers les derniers moments de sa vie.
Socrate n'est pas le seul qui ait considéré comme sœurs la poésie et nos fables. Phèdre a témoigné qu'il était de ce sentiment et, par l'excellence de son ouvrage, nous pouvons juger de celui du prince des philosophes. Après Phèdre, Aviénus a traité le même sujet. Enfin les modernes les ont suivis ; nous en avons des exemples non seulement chez les étrangers, mais chez nous. Il est vrai que, lorsque nos gens y ont travaillé, la langue était si différente de ce qu'elle est, qu'on ne les doit considérer que comme étrangers. Cela ne m'a point détourné de mon entreprise ; au contraire, je me suis flatté de l'espérance que, si je ne courais dans cette carrière avec succès, on me donnerait au moins la gloire de l'avoir ouverte.
Il arrivera possible que mon travail fera naître à d'autres personnes l'envie de porter la chose plus loin. Tant s'en faut que cette matière soit épuisée, qu'il reste encore plus de fables à mettre en vers que je n'en ai mis. J'ai choisi véritablement les meilleures, c'est-à-dire celles qui m'ont semblé telles : mais, outre que je puis m'être trompé dans mon choix, il ne sera pas bien difficile de donner un autre tour à celles-là même que j'ai choisies ; et si ce tour est moins long, il sera sans doute plus approuvé. Quoi qu'il en arrive, on m'aura toujours obligation, soit que ma témérité ait été heureuse, et que je ne me sois point trop écarté du chemin qu'il fallait tenir, soit que j'aie seulement excité les autres à mieux faire.
Je pense avoir justifié suffisamment mon dessein : quant à l'exécution, le public en sera juge. On ne trouvera pas ici l'élégance ni l'extrême brèveté qui rendent Phèdre recommandable : ce sont qualités au-dessus de ma portée. Comme il m'était impossible de l'imiter en cela, j'ai cru qu'il fallait en récompense égayer l'ouvrage plus qu'il n'a fait. Non que je le blâme d'en être demeuré dans ces termes : la langue latine n'en demandait pas davantage ; et, si l'on y veut prendre garde, on reconnaîtra dans cet auteur le vrai caractère et le vrai génie de Térence. La simplicité est magnifique chez ces grands hommes : moi, qui n'ai pas les perfections du langage comme ils les ont eues, je ne la puis élever à un si haut point. Il a donc fallu se récompenser d'ailleurs : c'est ce que j'ai fait avec d'autant plus de hardiesse, que Quintilien dit qu'on ne saurait trop égayer les narrations. Il ne s'agit pas ici d'en apporter une raison : c'est assez que Quintilien l'ait dit. J'ai pourtant considéré que, ces fables étant sues de tout le monde, je ne ferais rien si je ne les rendais nouvelles par quelques traits qui en relevassent le goût. C'est ce qu'on demande aujourd'hui : on veut de la nouveauté et de la gaieté. Je n'appelle pas gaieté ce qui excite le rire ; mais un certain charme, un air agréable qu'on peut donner à toutes sortes de sujets, même les plus sérieux.
Mais ce n'est pas tant par la forme que j'ai donnée à cet ouvrage qu'on en doit mesurer le prix, que
par son utilité et par sa matière : car qu'y a-t-il de recommandable dans les productions de l'esprit qui ne se rencontre dans l'apologue ? C'est quelque chose de si divin, que plusieurs personnages de l'antiquité ont attribué la plus grande partie de ces fables à Socrate, choisissant, pour leur servir de père, celui des mortels qui avait le plus de communication avec les dieux. Je ne sais comme ils n'ont point fait descendre du ciel ces mêmes fables, et comme ils ne leur ont point assigné un dieu qui en eût la direction, ainsi qu'à la poésie et à l'éloquence. Ce que je dis n'est pas tout à fait sans fondement, puisque, s'il m'est permis de mêler ce que nous avons de plus sacré parmi les erreurs du paganisme, nous voyons que la vérité a parlé aux hommes par paraboles : et la parabole est-elle autre chose que l'apologue, c'est-à-dire un exemple fabuleux, et qui s'insinue avec d'autant plus de facilité et d'effet qu'il est plus commun et plus familier ? Qui ne nous proposerait à imiter que les maîtres de la sagesse, nous fournirait un sujet d'excuses : il n'y en a point quand des abeilles et des fourmis sont capables de cela même qu'on nous demande.
C'est pour ces raisons que Platon ayant banni Homère de sa République y a donné à Ésope une place très honorable. Il souhaite que les enfants sucent ces fables avec le lait ; il recommande aux nourrices de les leur apprendre : car on ne saurait s'accoutumer de trop bonne heure à la sagesse et à la vertu. Plutôt que d'être réduits à corriger nos habitudes, il faut travailler à les rendre bonnes pendant qu'elles sont encore indifférentes au bien ou au mal. Or, quelle méthode y peut contribuer plus utilement que ces fables ? Dites à un enfant que Crassus, allant contre les Parthes, s'engagea dans leur pays sans considérer comment il s'en sortirait ; que cela le fit périr lui et son armée, quelque effort qu'il fît pour se retirer. Dites au même enfant que le Renard et le Bouc descendirent au fonds d'un puits pour y éteindre leur soif ; que le Renard en sortit, s'étant servi des épaules et des cornes de son camarade comme d'une échelle ; au contraire, le Bouc y demeura pour n'avoir pas eu tant de prévoyance ; et par conséquent il faut considérer en toute chose la fin. Je demande lequel de ces deux exemples fera le plus d'impression sur cet enfant. Ne s'arrêtera-t-il pas au dernier, comme plus conforme et moins disproportionné que l'autre à la petitesse de son esprit ? Il ne faut pas m'alléguer que les pensées de l'enfance sont d'elles-mêmes assez enfantines, sans y joindre encore de nouvelles badineries. Ces badineries ne sont telles qu'en apparence ; car, dans le fond, elles portent un sens très solide. Et comme, par la définition du point, de la ligne, de la surface, et par d'autres principes très familiers, nous parvenons à des connaissances qui mesurent enfin le ciel et la terre ; de même aussi, par les raisonnements et les conséquences que l'on peut tirer de ces fables, on se forme le jugement et les mœurs, on se rend capable des grandes choses.
Elles ne sont pas seulement morales, elles donnent encore d'autres connaissances : les propriétés des animaux et leurs divers caractères y sont exprimés ; par conséquent les nôtres aussi, puisque nous sommes l'abrégé de ce qu'il y a de bon et de mauvais dans les créatures irraisonnables. Quand Prométhée voulut former l'homme, il prit la qualité dominante de chaque bête : de ces pièces si différentes il composa notre espèce ; il fit cet ouvrage qu'on appelle le Petit Monde. Ainsi ces fables sont un tableau où chacun de nous se trouve dépeint. Ce qu'elle nous représentent confirme les personnes d'âge avancé dans les connaissances que l'usage leur a données, et apprend aux enfants ce qu'il faut qu'ils sachent. Comme ces derniers sont nouveaux venus dans le monde, ils n'en connaissent pas encore les habitants ; ils ne se connaissent pas eux-mêmes : on ne les doit laisser dans cette ignorance que le moins qu'on peut ; il leur faut apprendre ce que c'est qu'un lion, un renard, ainsi du reste, et pourquoi l'on compare quelquefois un homme à ce renard ou à ce lion. C'est à quoi les fables travaillent : les premières notions de ces choses proviennent d'elles.
J'ai déjà passé la longueur ordinaire des préfaces ; cependant je n'ai pas encore rendu raison de la conduite de mon ouvrage.
L'apologue est composé de deux parties, dont on peut appeler l'une le corps, l'autre l'âme. Le corps est la fable ; l'âme, la moralité. Aristote n'admet dans la fable que les animaux ; il en exclut les hommes et les plantes. Cette règle est moins de nécessité que de bienséance, puisque ni Ésope, ni Phèdre, ni aucun des fabulistes ne l'a gardée, tout au contraire de la moralité, dont aucun ne se dispense. Que s'il m'est arrivé de le faire, ce n'a été que dans les endroits où elle n'a pu entrer avec grâce, et où il est aisé au lecteur de la suppléer. On ne considère en France que ce qui plaît : c'est la grande règle, et, pour ainsi dire, la seule. Je n'ai donc pas cru que ce fût un crime de passer par-dessus les anciennes coutumes, lorsque je ne pouvais les mettre en usage sans leur faire tort. Du temps d'Ésope, la fable était contée simplement ; la moralité séparée et toujours ensuite. Phèdre est venu, qui ne s'est pas assujetti à cet ordre : il embellit la narration, et transporte quelquefois la moralité de la fin au commencement. Quand il serait nécessaire de lui trouver place, je ne manque à ce précepte que pour en observer un qui n'est pas moins important : c'est Horace qui nous le donne. Cet auteur ne veut pas qu'un écrivain s'opiniâtre contre l'incapacité de son esprit, ni contre celle de sa matière. Jamais, à ce qu'il prétend, un homme qui veut réussir n'en vient jusque-là ; il abandonne les choses dont il voit bien qu'il ne saurait rien faire de bon :
....Et quae
Desperat tractata nitescere posse relinquit.
C'est ce que j'ai fait à l'égard de quelques moralités du succès desquelles je n'ai pas bien espéré.
Il ne reste plus qu'à parler de la vie d'Ésope. Je ne vois presque personne qui ne tienne pour fabuleuse celle que Planude nous a laissée. On s'imagine que cet auteur a voulu donner à son héros un caractère et des aventures qui répondissent à ses fables. Cela m'a paru d'abord spécieux, mais j'ai trouvé à la fin peu de certitude en cette critique. Elle est en partie fondée sur ce qui se passe entre Xanthus et Ésope : on y trouve trop de niaiseries. Et qui est le sage à qui de pareilles choses n'arrivent point ? Toute la vie de Socrate n'a pas été sérieuse. Ce qui me confirme en mon sentiment, c'est que le caractère que Planude donne à Ésope est semblable à celui que Plutarque lui a donné dans son Banquet des sept Sages, c'est-à-dire d'un homme subtil, et qui ne laisse rien passer. On me dira que le Banquet des sept Sages est aussi une invention. Il est aisé de douter de tout : quant à moi, je ne vois pas bien pourquoi Plutarque aurait voulu imposer à la postérité dans ce traité-là, lui qui fait profession d'être véritable partout ailleurs et de conserver à chacun son caractère. Quand cela serait, je ne saurais que mentir sur la foi d'autrui : me croira-t-on moins que si je m'arrête à la mienne ? Car ce que je puis est de composer un tissu de mes conjectures, lequel j'intitulerai : Vie d'Ésope. Quelque vraisemblable que je le rende, on ne s'y assurera pas, et fable pour fable, le lecteur préférera toujours celle de Planude à la mienne

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